
Système scolaire: Comment l’école danoise s’est adaptée aux besoins des enfants

Familles arc-en-ciel et coparentalité au Danemark : la parentalité sous toutes ses formes
L’éducation scandinave est souvent citée en exemple pour son respect de l’enfant et son approche basée sur la coopération plutôt que sur la sanction. Face aux approches traditionnelles centrées autour de la punition ou le time-out (temps d’isolement de l’enfant pour corriger un comportement), le Danemark a développé une approche plus bienveillante : le temps de pause, que l’on pourrait aussi appeler time-in (un temps au calme pour se recentrer)
En quoi consiste t-il et pourquoi est-il différent du time out ? Décryptage d’un modèle éducatif axé sur l’accompagnement et la régulation émotionnelle.
Les punitions : une pratique révolue au Danemark
Depuis plusieurs décennies, le Danemark a fait évoluer son cadre législatif pour garantir aux enfants une éducation respectueuse de leur intégrité :
- 1996 : Interdiction des châtiments corporels. Toute forme de violence physique envers un enfant est interdite, que ce soit à l’école ou à la maison.
- 2019 : Interdiction des punitions psychologiques. La loi danoise interdit désormais toute forme de contrôle abusif, de comportement humiliant ou dégradant répété à l’égard des enfants.
Cette approche repose sur un principe fondamental : l’enfant est un individu à part entière avec des droits fondamentaux. Plutôt que d’imposer des sanctions, les parents et éducateurs danois privilégient des méthodes d’apprentissage fondées sur le respect, la coopération et la motivation.
Lorsque j’interroge les Danois de ma génération, nés dans les années 80, aucun d’eux n’a connu de punitions, que ce soit à l’école ou à la maison. Ces pratiques ne faisaient tout simplement pas partie de leur éducation.
En revanche, lorsque je questionne la génération de leurs parents, nés dans les années 40 et 50, l’expérience est bien différente. A l’instar de beaucoup d’entre nous, ces derniers ont grandi avec des sanctions plus strictes : fessées, gifles, heures de retenue, piquet… Des pratiques qui faisaient partie du quotidien scolaire mais aussi familial.
Mon beau-père, Ole, se souvient : « Oui, j’ai été puni, mais on avait toujours le choix : une gifle ou une heure de colle. Je choisissais toujours la gifle, au moins c’était réglé plus vite ! »
Cette anecdote illustre bien l’évolution de l’éducation et des droits des enfants au Danemark, passée d’un modèle punitif à une approche basée sur la bienveillance et la coopération en une génération.

Le temps de pause : une alternative au time-out
Contrairement au time-out largement pratiqué dans d’autres pays, qui consiste à isoler un enfant seul pendant un laps de temps prédéfini pour « réfléchir » à son comportement, le temps de pause danois est un moment bienveillant où l’enfant est accompagné par un adulte pour retrouver son calme. Comme le souligne Marlene, pédagogue spécialisée, « lorsqu’un enfant est submergé par ses émotions ou adopte un comportement inapproprié, le véritable respect consiste à lui offrir un espace pour se recentrer et retrouver son calme. »
Comment fonctionne ce temps de pause ?
✅ L’enfant est mis à l’écart temporairement, mais jamais seul. Un adulte reste présent (plus ou moins proche) pour l’accompagner dans la gestion de son émotion.
✅ Ce n’est pas une punition. Il ne s’agit pas d’une réprimande mais d’un moment pour aider l’enfant à se recentrer et retrouver un état émotionnel apaisé.
✅ Pas de durée fixe. La pause dure le temps nécessaire pour que l’enfant se sente mieux. Il peut retourner jouer ou interagir avec le groupe dès qu’il se sent prêt.
✅ L’adulte s’adapte aux besoins de l’enfant : il peut rester avec lui dans la chambre, rester à proximité avec la porte ouverte, ou simplement l’installer dans une pièce calme.
Où et comment est appliqué le temps de pause ?
👶 À la maison : un parent peut proposer à l’enfant de s’installer dans un endroit calme, dans sa chambre ou dans le jardin, en restant à ses côtés ou en lui laissant un peu d’espace selon ses besoins.
🏫 À l’école maternelle : une pièce dédiée est toujours disponible pour que les enfants puissent s’apaiser avec un adulte avant de revenir dans le groupe.
L’objectif est d’enseigner à l’enfant qu’il est tout à fait normal d’avoir des émotions fortes, mais qu’il doit apprendre à les gérer. Selon Marlene, l’enfant peut véritablement apprendre à gérer ses émotion qu’avec le soutien bienveillant d’un adulte.

Pourquoi cette approche est-elle efficace ?
Marlène, pédagogue spécialisée, vante les bienfaits de cette méthode qu’elle pratique aussi avec ses propres enfants. Pour elle un enfant en « difficulté » ne devrait jamais être isolé seul. La méthode du temps de pause :
✔ Favorise l’apprentissage de la régulation émotionnelle → L’enfant apprend, petit à petit, à reconnaître ses émotions et à les gérer sereinement.
✔ Renforce le lien parent-enfant → Plutôt que de créer un rapport de force basé sur la punition, le parent ou l’éducateur accompagne l’enfant dans la compréhension de ses émotions.
✔ Encourage la confiance et l’autonomie → L’enfant sait qu’il peut compter sur l’adulte pour l’aider, sans se sentir rejeté ou exclu.
3 Conseils pour appliquer le temps de pause efficacement
1️⃣ Rester bienveillant(e) : le but est d’aider l’enfant à retrouver son calme, pas de le sanctionner.
2️⃣ Accompagner sans forcer : l’adulte s’adapte aux besoins de l’enfant (être présent physiquement, rester à distance).
3️⃣ En reparler plus tard : une fois l’émotion apaisée, il peut être utile de revenir sur l’événement pour aider l’enfant à comprendre ce qui s’est passé.
Nous avons eu l’opportunité d’interviewer de nombreux parents et professionnels danois afin de recueillir leurs témoignages sur la pratique du temps de pause. Une chose ressort clairement : il n’existe ni règle stricte ni méthode universelle, mais plutôt une adaptation à chaque enfant et à chaque situation. C’est un outil flexible, pensé pour aider l’enfant à gérer ses émotions dans un cadre bienveillant et sécurisé.

Un modèle inspirant pour une parentalité positive
Le temps de pause danois est un des exemples concrets de l’éducation bienveillante scandinave, où l’écoute, l’accompagnement et la confiance sont les clés. Plutôt que de punir un enfant pour son comportement, on lui apprend à comprendre et gérer ses émotions, dans un cadre sécurisant et respectueux.
Cette approche peut inspirer les parents du monde entier à adopter une parentalité plus douce et plus efficace sur le long terme. Après tout, un enfant qui se sent compris et soutenu est bien plus à même de grandir sereinement.
Dans le livre Parentalité Scandinave : les secrets des enfants les plus heureux du monde, nous avons souhaité vous montrer qu’il existe des alternatives, que l’éducation des enfants passent avant tout par la confiance que l’on met en eux, la confiance en nous, la confiance envers les autres mais aussi en la nature.

Commander dès maintenant le livre Manipani
Laissez-vous inspirer par les pratiques scandinaves et découvrez les clés pour construire votre propre chemin vers un parentalité plus intuitive, respectueuse et heureuse.
Et n’ayez pas peur de ne pas y arriver tout de suite. Réagir différemment avec nos enfants que notre propre éducation, ça s’apprend aussi – et cela demande de la pratique. La bienveillance que vous offrez à votre enfant, accordez-la également à vous-même. Tous les parents traversent des moments difficiles et personne n’est patient 100 % du temps. L’important, c’est de progresser, pas d’être parfait.
Si vous souhaitez en savoir plus, j’étais sur France 2 le 4 Février 2025 pour parler de l’éducation scandinave et notamment du temps de pause sur le plateau de la Maison des maternelles !




